Sophie Queran, la charmante charmée

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Sophie, on la voit toujours à vélo dans les rues du 3e. Elle a l’air de chanter « j’ai deux amouuuuuurs, mon pays et… le 3e »! Bon, autant le dire, Sophie est une ancienne de la Mairie donc son regard sur l’évolution de l’arrondissement est plutôt positif. Mais son regard affiné lui fait prendre de la hauteur et constater différentes choses pas inintéressantes à poser…

Le 3e a franchi l’Histoire et s’est fait des histoires. C’est quoi votre histoire du 3e ?

Je me suis installée il y a 12 ans rue Notre-Dame de Nazareth… à la fin de mes études. Et c’est ici où véritablement j’ai posé mes valises après une enfance et une jeunesse voyageuse. Mon premier job, c’est aussi dans le 3e que je l’ai exercé. Pendant 4 années, j’ai été la chargée de communication de la mairie. J’y ai non seulement appris mon métier, mais aussi découvert ce qui fait la richesse d’un quartier, d’un territoire : les hommes et les femmes qui le peuplent, ceux qui s’y rencontrent, s’y marient, fondent une famille, ceux qui s’y investissent sans ménager leur temps ou leur énergie au service d’une cause, de valeurs qu’ils portent en eux et dont ils sont fiers.  Plus tard, lorsque j’ai été amenée à travailler dans d’autres quartiers et dans d’autres villes, je suis toujours revenue à mes premières impressions et à ces premières rencontres que j’ai faites dans mon petit bureau du 1er étage de la mairie… comme une trace indélébile qu’on garde en soi, en sachant que ce sont par ces rencontres que ce sont forgées un grand nombre de ses convictions, faites de foi dans les valeurs républicaines, de goût des autres et de sens du service public… le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas !

Il bouge ce 3e. Vers qui, vers quoi, comment selon vous?

Il y a 12 ans, rue de Bretagne, on trouvait un troquet crasseux, un cordonnier, un poissonnier, un boucher… aujourd’hui, la rue de Bretagne est devenue un peu orgueilleuse, un peu m’as-tu-vu… mais elle conserve son charme inébranlable. Et puis quand vient le jour des brocantes, deux fois dans l’année, c’est tout un village qui se retrouve autour de babioles vintages et autres dentelles d’autrefois. Alors je retrouve un peu de mon 3e. Il y a 12 ans, on jouait au tennis dans un Carreau du temple qui, année après année, perdait de sa superbe, comme un grand paquebot à l’abandon. Aujourd’hui, c’est un lieu de culture où se sont maintenues des activités associatives, des fêtes pour tous, c’est devenu l’épicentre d’une ville en mouvement qui loin de s’évider par le centre, réinterroge sans cesse le sens du vivre ensemble. Il y a 12 ans, la Gaîté lyrique était un vaisseau fantôme, plein de poussière et étranger au cours du temps… Aujourd’hui, c’est un lieu qui donne à Paris le tempo de la modernité. Et c’est aussi une fierté d’habiter ce quartier quand je vois dans la rue voisine de la mienne, rue Volta, s’ériger des immeubles de logements sociaux, quand je vois, rue du Vertbois, se développer une régie de quartier expérimentant une autre manière de travailler, de produire et de consommer… Certes, le 3e est bobo et les hausses des prix des logements continue malheureusement à exclure… si bien que pour un oeil distrait, il semble que l’entre-soi menace ce quartier de Paris. Mais pour qui sait regarder dans le détail ce qui s’y trame, des expérimentions sont à l’oeuvre et vont dans le bon sens : celui d’une ville ouverte qui accueille, qui agglomère, qui rend possible le déploiement de projets solidaires.

Et vous dans tout cela, quel est votre rôle?

A bien y réfléchir, j’ai l’impression que j’ai gardé l’âme d’une voyageuse. Un temps absorbée par la vie locale du 3e au point d’y travailler, d’y militer, de participer aux Conseils de quartier, de tenir la buvette du Festival Soirs d’été, j’ai ensuite poursuivie ma route et c’est à présent de l’autre côté du périphérique, en Seine-Saint-Denis, que je m’investis davantage… retrouvant mon 3e arrondissement la nuit venue ! Ainsi, on pourrait dire que je me tiens à distance, observatrice attentive des grands et micro-mouvements de la ville.


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Au jour le jour · Le 3e, ses enfants rouges · Non classé

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