Vincent Figureau ou la mémoire qui oblige

Vincent a quitté la Bretagne pour la rive gauche avant d’arriver rive droite. Vincent aime prendre son temps car cela permet de redonner de la place aux rapports humains et au lien social. Il nous invite à continuer à créer des lieux (des moments?) de rencontre pour les riverains pour partager la mémoire du 3e. Et c’est important pour éviter que notre arrondissement ne devienne trop impersonnel, car trop tourné vers d’autres types de lieux, des lieux lucratifs…

 

Le 3e a franchi l’Histoire et s’est fait des histoires. C’est quoi votre histoire du 3ème ?

Mon histoire avec le 3e est une histoire d’amour, car j’y ai été tout de suite bien accueilli, alors que j’étais un transfuge de la rive gauche. Pour moi qui suis né à Nantes, je ne pouvais pas rêver mieux que de vivre à proximité de la Rue de Bretagne. Le moins que l’on puisse dire est que le 3e est un arrondissement chargé d’histoire, et c’est bien cela qui m’a toujours fasciné, avant même d’y résider. Des histoires, dont chaque rue porte la trace, parfois douloureuse. Reflets de mémoires croisées, dans ses cours, sur chaque façade, dans les jardins. Sait-on, par exemple, que des vestiges du Palais des Tuileries ornent les jardins du 3e? Il y a aussi beaucoup de chaleur et de jovialité dans le 3e, qui tournent autour de ses commerces, ou de ses bonnes tables : un de mes premiers souvenirs est le restaurant « Les enfants rouges », où un ami journaliste m’avait convié pour son anniversaire. Ces strates de souvenirs personnels et de mémoire collective nous obligent, nous qui sommes heureux de l’habiter, à prendre soin de ce quartier.

Il bouge ce 3ème. Vers qui, vers quoi, comment selon vous ?

Bouger, est-ce vraiment toujours une qualité ? Je ne suis pas un adepte du « bougisme ». Depuis 15 ans, j’ai observé une nette évolution de la démographie de notre arrondissement, qui va de pair avec une forte augmentation du coût de la vie. On ne voit plus autant de personnes âgées qu’autrefois ; elles ont été remplacées par des générations plus jeunes, avec leurs enfants parfois trop « bougistes ». Traditionnel quartier d’artisans, le 3e est en passe de devenir un quartier « tendance », où fleurissent les boutiques de vêtements et se déploie la « fashion week » : est-ce une évolution irréversible? Comme le disait Julien Green dans un très joli texte sur Paris, « l’inventaire que fera le futur, c’est d’abord celui de tout ce que les générations antérieures nous ont offert de beauté ». La librairie « Comme un roman », maisonnette rénovée à l’entrée du Marché des Enfants rouges, incarne bien ce mélange de tradition et de modernité qui me plaît tant dans le 3e.

Et vous dans tout cela, quel est votre rôle ?

Marcher, parler, dialoguer, boire un café à la terrasse de mon bistrot préféré, rire avec des amis, avec mes copains de chez « Comme un roman », flâner dans les rues, chiner à la brocante (ce week-end), en un mot, vivre, tel est mon programme pour le 3e. Plus sérieusement, à un moment où, plus que jamais le divertissement mercantile répand partout son influence délétère, je crois que nous devons tout faire pour préserver, dans le 3e, les lieux de culture, des zones où s’épanouit l' »otium », ce loisir studieux des anciens, contre la logique du négoce. C’est pour cela que je défends les librairies, et que je milite pour la création d’une Cité internationale de la Littérature.


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Au jour le jour · Le 3e, ses enfants rouges

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